Archive pour juillet 2009

La Fédération en Basse Normandie et les régionales

  • ” L’ embellie à gauche ! ou l’ embellie à gauche ? Par Etienne Adam

Très vite après les européennes les contacts se sont renoués entre les forces que nous appelions à l’unité. Le PG et le NPA se sont rencontrés et cette rencontre a donné lieu à la déclaration que vous pouvez lire en pièce jointe. Il semble ressortir de cette rencontre un terrain d’accord assez large entre les 2 organisations. Nous ne pouvons que nous réjouir de la déclaration commune NPA/PG du 30 juin dernier. Nous constatons que cette déclaration converge très largement avec la position adoptée le 14 juin dernier par notre propre mouvement : http://anpag.org/article.php3?id_article=790

Comme le NPA et le PG, nous souhaitons que “les forces de gauche et des écologistes qui rejettent la logique du système capitaliste” s’unissent au premier tour des prochaines élections régionales dans des listes indépendantes du Parti Socialiste. Comme le NPA et le PG, nous souhaitons qu’au second tour ces listes “se battent pour faire gagner la gauche et empêcher que des régions basculent à droite”. Cette déclaration commune est de nature à créer les conditions de cette unité de toute la gauche de transformation sociale et écologique pour laquelle nous nous battons sans relâche depuis plusieurs années. Le PCF et le NPA se sont aussi rencontrés : la déclaration commune montre que subsiste encore des différences … Mais il est acté par les 2 organisations que ces divergences doivent encore donner lieu à des discussions dans un groupe de travail .

Entre l’ensemble des composantes au delà des 3 citées ci-dessus un accord se dessine pour favoriser l’unité la plus large autour des mouvements sociaux, travailler à la constitution de fronts unitaires contre la politique de Sarkozy et de son gouvernement. Nous ne pouvons que nous féliciter de ces initiatives et souhaitons que l’avertissement donné à tous lors des européennes soit le point de départ de nouvelles relations unitaires. Pour sa part, la Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique s’est adressée aux 3 organisations politiques pour échanger sur la situation politique : une rencontre a eu lieu avec le NPA, une seconde a lieu avec le PCF le 10 juillet et une autre est prévue avec le PG.

  • Et en Basse Normandie ?

Localement nous avons adressé le courrier ci -dessous aux représentants locaux de ces organisations : lettre_pcpgnpa_juin2009

Tout n’est pas pour autant réglé. La discussion doit se poursuivre sur les différentes tactiques pour les régionales. Mais pour notre part nous estimons qu’il faut aussi discuter des contenus de la campagne politique pour les régionales, des objectifs qu’il faut élaborer ou co-élaborer avec le plus possible de composantes des mouvements sociaux. C’est pour cette raison que nous pensons que la proposition de collectifs unitaires localement afin de favoriser l’élaboration et l’action commune des forces militantes, citoyennes, associatives, syndicales et politiques serait un élément déterminant du succès et surtout de la durabilité d’un mouvement citoyen, seule condition pour faire bouger le champ politique.

Nous pensons aussi fondamental d’associer ceux des écologistes qui refusent le véritable virage au centre proposé par Daniel Cohn Bendit qui veut profiter de la victoire aux européennes pour imposer sa ligne à l’ensemble des organisations écologistes.

Dans notre région nous savons que nombreux sont celles et ceux qui ne veulent pas dissoudre leurs exigences écologiques dans un compromis centriste tentant pour ceux qui veulent à tout prix gagner ou garder la région. Ces derniers vont se faire les avocats de la modération en jouant sur « la tradition centriste » de la Basse Normandie.

Nous pensons nous que cette région est gagnable à gauche si nous sommes capable de proposer à toutes celles et tous ceux qui subissent concrètement les conséquences du libéralisme dans leur existence même, des propositions de vrais changements.

Nous sommes persuadés que la crise de l’industrialisation issue des années soixante, appelle d’autres solutions, plus radicales, que la seule aide sans projet à la filière automobile. C’est un modèle de développement industriel qui est dramatiquement frappé avec des destructions d’emplois dans des professions très différentes mais qui avaient pour point commun d’être issues de grands groupes et de secteurs industriels aujourd’hui en déclin ( du moins dans leur dimension création d’emplois).

Faire de la politique autrement c’est aussi affronter les problèmes mais le faire avec celles et ceux qui sont directement concernés.

Nous mobilisons notre réseau et au delà pour dès la rentrée :

- apporter notre contribution au succès d’une dynamique pour une majorité populaire répondant aux exigences sociales, écologiques et démocratiques en rupture avec le libéralisme,

- mais aussi construire un rassemblement pluraliste, fort de la confrontation des différentes cultures existantes, permettant d’affirmer un projet politique commun tout en développant une dynamique de rassemblement.

Adresse de l’article d’Etienne Adam : http://anpag.org/article.php3?id_article=800

Vous pouvez consulter la déclaration commune Fédération / NPA : declaration_commune_FASE-NPA

ainsi que les différents communiqués unitaires déjà parus :

Déclaration commune PG NPA

Déclaration_PCF+NPA_6juillet2009


Observatoire du logement / Commission “Habitat” Caen la Mer – compte rendu de la réunion du 25 juin 2009

” Le nouveau PLH est en phase d’élaboration et dans ce cadre un diagnostic est en cours de rédaction.

Ceux qui le souhaitent peuvent retrouver ces documents sur le site de Caen La Mer : http://www.caenlamer.fr/habitat.asp.
Soucieuse de se doter d’outils, la Communauté a déjà envisagé un Observatoire du logement pour suivre le PLH; elle a engagé un travail d’évaluation des besoins à partir de sources diverses en particulier celles de l’ Association Régionale de l’ Habitat Social ou de la Chambre Régionale….

Nous avons présenté ce que pourrait être l’ Observatoire en insistant sur l’expertise associative en matière de besoins et sur notre volonté de défendre des propositions sur la base de ces besoins.

Suite à un premier échange sur ces questions, la Commission nous fait les propositions suivantes:

- une rencontre bi-annuelle avec la Commission (ou un groupe de travail de cette Commission)

- l’ Observatoire serait auditionné par la Commission sur un rapport annuel

- des rencontres supplémentaires pourraient être organisées sur des sujets précis…”

Vous pouvez retrouver l’intégralité de ce compter rendu en téléchargeant le fichier pdf: Réunion Observatoire – Commission Habitat

Intervention d’Etienne Adam au forum de l’Appel des Appels le 20 juin dernier à Caen

Une petite remarque préalable. Quelqu’un disait tout à l’heure : « on parle beaucoup de libéralisme et pourquoi pas de totalitarisme » Je veut rappeler qu’un 11 septembre peut en cacher un autre;  celui de 2001, ce 11 septembre 1973 avec le putsch de Pinochet au Chili.

C’est sous ce régime que les premières politiques libérales, les recettes des Chicago Boys, on été appliquées. Il est bon de se souvenir du lien entre ce régime violemment répressif et le libéralisme.

Mons intervention portera largement sur le sécuritaire comme composante essentielle du libéralisme que nous devrions appeler libéralisme-sécuritaire.

Le comité de veille existe depuis 4 ans.

Il s’est donné pour tâche d’analyser, de surveiller, l’évolution du travail social . Une veille professionnelle et citoyenne. Lors d’une réunion il est apparu que partout dans le travail social se mettait en place insidieusement une « nouvelle forme» du travail social, souvent cachées derrière une rationalisation « purement technique »où la logique de l’efficacité l’emporte sur l’éthique professionnelle.

Pourtant nombre de lois récentes sont prises au nom des droits des usagers : de la loi de janvier 2002 à celle des tutelles de 2007,  le souci de transparence vis à vis des usagers est le maitre mot.

Bien sûr nous ne pouvons que partager ce souci, que l’usager soit sujet de sa propre vie.

Mais la réalité de la mise en œuvre de ces nouveaux dispositifs est bien à l’inverse de ces grands principes que nous partageons.

Derrière le contrôle démocratique des actions menées,on sent pointer une instrumentalisation des travailleurs sociaux par des secteurs de l’administration sans que ces politiques publiques aient fait l’objet d’un débat public démocratique sur les choix dans ce domaine.

On sent monter un contrôle accru des populations les plus pauvres, les plus précarisées, les plus marginalisées que l’idéologie sécuritaire  perçoit comme les nouvelles classes dangereuses potentielles.

Je veux rappeler le rapport Benisti : il y avait dans ce rapport un coté comique, ridicule dans les formulations de ce rapport et dans sa prétention scientifique ( le schéma de l’écart par rapport au « bon chemin » est un modèle de bêtise de droite satisfaite d’elle même). Mais il a donné lieu à décisions.

La loi « prévention de la délinquance »  visait à transformer les travailleurs sociaux en indics de police, indics particulièrement intéressants puisqu’ils ont accès par leurs fonctions à l’intimité des personnes « à risques ».

Nous assistions au glissement de la notion de prévention à celle de prévention de la délinquance. Pendant des années, et pour nous en particulier dans notre culture professionnelle, la prévention s’opposait à la répression. Elle visait même à prévenir la répression et à lui substituer des mesures d’assistance éducative : c’était par exemple l’esprit des ordonnances de 1945 sur la protection de l’enfance. Vous remarquerez que toute la droite libérale veut liquider ce qui s’est fait à la Libération.

Prévenir la délinquance c’est sanctionner avant que les délinquants potentiels puissent agir, c’est la même démarche idéologique que la guerre préventive de Bush: il s’agit de lutter contre un ennemi peu identifié : ce sont des populations entières qui sont considérées comme « classes dangereuses » et doivent être surveillées et contrôlées.

Et c’est là que l’on trouve un second glissement : la lutte préventive contre les délinquants potentiels ne relève plus de la justice, mais de la police de maintien de l’ordre public, en dehors du judiciaire, à la seule disposition des autorités administratives. C’est le maire qui a été retenu pour exercer cette autorité parce ce niveau apparait comme le lieu d’une simple gestion technique : cette technicité masque mieux le glissement vers une conception autoritaire du pouvoir politique .

Le vote de la loi dans une version modifiée n’a pas remis en cause cette logique de soumission du social au sécuritaire, la mobilisation très diversifiée et éclatée (les collectifs de travailleurs sociaux refusant la délation n’ont jamais rejoint l’appel « non au zéro de conduite » ou les résistances dans le secteur psychiatrique) a néanmoins contraint à des reculs non négligeables.

Aujourd’hui le comité de veille apporte sa contribution à la lutte contre la démolition par le patronat du secteur de la convention collective de 66.

Pour nous, derrière la perte des acquis sociaux, c’est le statut professionnel, la conception même d’un travail social au service des personnes en difficultés, qui sont mis en cause. C’est un débat éminemment politique puisqu’il touche à la manière dont une société traite celles et ceux que le fonctionnement de cette société laisse de côté ou exclut.

On ne peut qu’être frappé par le changement total entre les 2 Conventions Collectives.

Comment expliquer un tel changement ?

Par la crise du social, celle de l’Etat social qui se voit miné chaque jour davantage par l’Etat pénal : pour s’occuper des pauvres, surtout quand ils deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus inquiétants, rien ne vaut la matraque et la prison ! Aujourd’hui avec le délitement de l’Etat Social, le travail social classique ne fonctionne plus, il subit de plus en plus les nécessités de l’ordre public.

Alors, les employeurs organisent une véritable déqualification, disqualification des salariés du secteur .

Le savoir faire professionnel est de moins en moins reconnu : qualification sanctionnée par un diplôme, autonomie dans le travail, expérience professionnelle, tout cela n’a plus cours.

Les travailleurs sociaux doivent être relégués à un rôle d’exécutants d’un travail rationalisé et défini d’en haut: certains rêvent d’une organisation scientifique du travail social, d’un nouveau taylorisme où les fonctions de conception du travail seraient séparées de celles d’exécution.

Bien entendu ces changements sont conduits par des gestionnaires qui souhaitent importer dans notre secteur des modes de gestion des entreprises privées en faisant fi de ce qui constituait la culture professionnelle et les modes de fonctionnement des établissements et services du social.

Ce qui est visé, avec cette nouvelle Convention Collective, c’est bien sûr la rentabilisation financière, la baisse des coûts. Mais c’est aussi pour les personnels de ce secteur un véritable changement de statut, la perte d’une identité professionnelle et la transformation en « OS du social ».

Nous sommes face à une tentative de transformation régressive des métiers pour avoir des salariés soumis. Comme les enseignants chercheurs, c’est notre autonomie par rapport à une hiérarchie et aux pouvoirs qui est mise en question : c’est pourquoi on peut dire sans exagérer qu’il s’agit bien d’obtenir une soumission des travailleurs sociaux pour accomplir les nouvelles tâches que l’Etat sécuritaire leur assigne.

Pour cela la « nouvelle convention »met en œuvre des outils juridiques pour obtenir et perpétuer cette soumission : insécurité professionnelle et individualisation des droits.

L’insécurité : au delà des nombreux précaires employés dans notre secteur et qui ont probablement servi de cobayes, c’est l’ensemble des professionnels qui seront précarisés,

Le licenciement est considérablement facilité .

Une disposition,discrètement inscrite en début du Chapitre Exécution du contrat de travail, dit: « Le salarié exerce ses fonctions en conformité avec le projet d’association et le projet d’établissement.. ». Mais qui juge que le salarié n’est pas conforme, qu’est ce que la conformité? Tout cela favorise le fait du prince et rend quasiment impossible le recours aux juridictions prudhommales.

La fin des garanties collectives : ce texte ouvre la voie aux dérogations, entreprise par entreprise, au risque de dumping social. Tout ceci est bien sûr source d’insécurité collective.

Mais le texte va encore plus loin en individualisant le contrat de travail pour obtenir un « consentement des salariés » fondé sur la fragilité des accords individuels.

Ce projet, condensé d’une approche « managériale moderne », est réactionnaire au sens fort du terme non seulement parce qu’il est un retour en arrière pour les salariés mais aussi parce qu’il est construit contre les usagers, pour servir une certaine politique de « nuit sécuritaire ».

Le comité de veille voit avec “l’appel des appels” se construire un front de résistance et de réponse aux dégâts de la contre-révolution dont Sarkozy est le nom.

Nous avons une lutte en commun à mener ( avec par exemple les chercheurs qui contestent à la « criminologie sécuritaire » la qualité de discipline scientifique) contre les « marchands de soupe sécuritaire », les Bauer et consorts, qui dirigent les « instituts sur la sécurité » où les groupes font leur beurre sur le sécuritaire, domaine ouvert à la privatisation, à la marchandisation et aux profits : c’est une dimension essentielle qu’il ne faut pas laisser de côté.

L’action du comité de veille se situe bien dans cette perspective de lutte idéologique contre cette véritable régression intellectuelle qui nie des années de pratique et d’élaborations théoriques. Nous souhaitons continuer avec d’autres dans le cadre de l’appel des appels à mener cette veille et à dénoncer « cette crise de la professionnalité » dans le travail social que met en évidence un rapport de l’ONPES et de faire de cette dénonciation une outil de lutte et d’émancipation pour professionnels et usagers.

Quand on dit que Sarkozy fait une “guerre contre l’intelligence” ce n’est pas seulement parce qu’il est peu cultivé (La princesse de Clèves et encore récemment l’oubli des anglais dans le débarquement…) mais surtout parce que sa haine de la culture traduit un choix politique : le refus d’une culture émancipatrice.

Ceux qui ont le pouvoir veulent éviter que le plus grand nombre ait l’intelligence de ce monde : rendre ce monde intelligible au plus grand nombre, c’est ruiner le pouvoir de ceux qui dominent.

Nous ne pouvons nous contenter des dénonciations nécessaires.

Résister c’est créer, refuser la politique de la peur c’est construire une autre vision de la société et du lien social.

La désobéissance civique, dont l’engagement à ne pas appliquer la loi prévention de la délinquance était un premier exemple, ne peut se fonder que sur une autre conception de l’autonomie professionnelle, de la pratique professionnelle mais aussi des rapports aux pouvoirs, de la démocratie.

FORUM DE L’APPEL DES APPELS A CAEN SAMEDI 20 JUIN 2009

Télécharger ce document en version pdf : Forum appel des appels 20 juin 2009

Le comité local appelait à ce rendez vous “pour penser ensemble la façon dont on peut résister aux logiques formelles actuelles (financières, administratives, sécuritaires…) et garantir la spécificité du travail dans le champ humain”.

Plusieurs intervenants de secteurs différents (santé, éducation, travail social, justice, …) étaient invités à témoigner et à ouvrir le débat.

  • Joël H. ancien directeur d’AEMO:

L’OMC prône une généralisation de la libéralisation des services y compris des services sociaux au nom d’une concurrence libre et non faussée.

Cette orientation a été ratifiée par l’Union Européenne: le droit communautaire interdit toute aide des Etats (Art 87) sauf exception, si cela peut nuire aux fonctions d’intérêt général. Il existe alors des systèmes de compensations, dérogations qui doivent se faire selon des règles strictes en évitant “l’erreur manifeste”. (Ainsi les Pays Bas se sont fait épingler récemment sur l’idée de favoriser la création de logements sociaux en dehors des “ghettos” habituels. Il leur a été fait le reproche “d’aide abusive”).

Les SIG (services d’intérêt général ) sont considérés comme des entreprises qu’ils soient publics ou privés puisque toute prestation fournie contre rémunération est une prestation économique.

Ils peuvent donc être confiés à des opérateurs du secteur marchand même s’il s’agit de missions de service public.

On assiste à une installation massive du libéralisme y compris dans les esprits et au développement de concepts d’individualisme, de charité individuelle ….

Il est indispensable de résister en apportant des contre- modèles d’ Europe Sociale; par exemple, faire pression sur les députés européens et en particulier sur les parlementaires français pour extraire les services sociaux des SIEG (services d’intérêt économique général) et stopper ainsi leur marchandisation (loi cadre française soumise au vote des parlementaires d’ici fin 2009).

  • Serge K. responsable départemental de la Ligue des Droits de l’Homme:

On assiste aujourd’hui à une destruction du pacte républicain.

Cela passe par des mesures sécuritaires et par la mise en place d’une société de surveillance.

Au nom de la lutte antiterroriste et de la prévention de la délinquance ou des violences urbaines … on constate la mise en place d’un fichage de plus en plus systématique, d’un rétrécissement des champs d’action de la psychiatrie, d’une généralisation de la surveillance.

Le nombre de détenus en France a été multiplié par 2 en 20 ans.

La jeunesse est montrée du doigt comme une classe dangereuse, nécessitant la mise en place de moyens de contrôle spécifiques : base élèves, textes sur la délinquance des mineurs, etc.

Les sans papiers sont devenus les boucs émissaires et on voit également apparaître une délinquance de “solidarité”.

C’est pour résister à cette pression généralisée que la LDH souhaite s’impliquer dans la démarche de l’Appel des Appels.

  • Alain F. et Hélène N. des secteurs de la psychiatrie et de la pédo-psychiatrie:

La psychiatrie est actuellement très menacée.

Il y a une remise en cause complète des avancées des années 60 (ordonnance de 1960 créant la sectorisation avec une rupture par rapport à l’enfermement et la politique asilaire, une ouverture grâce à la proximité et la continuité des soins par des équipes pluridisciplinaires, le développement des concepts d’antipsychiatrie ou de la psychanalyse…).

Cette remise en cause est avant tout liée à des raisons budgétaires.

On voit apparaître une nouvelle gouvernance et la création de pôles réunissant plusieurs secteurs, pour faire des économies.

On assiste à une déconnexion entre l’intra et l’extra-hospitalier et une suppression du secteur pluridisciplinaire. Ces mesures touchent essentiellement les psychoses graves. Par exemple, les patients atteints de schizophrénie ne peuvent plus avoir de contact avec l’extérieur puisqu’il n’existe plus de structures d’accompagnement extra-hospitalières.

A Caen, par exemple, les 4 CMP doivent fusionner en un seul. Il devient dès lors impossible d’accueillir des patients vulnérables, comme les psychotiques, dans un supermarché de la psychiatrie où ils seront pris en charge par des professionnels qu’ils ne connaissent pas. Ce sont donc bien les plus vulnérables qui sont atteints.

Pour des logiques budgétaires, on doit déterminer des parcours de soins les plus protocolisés, on médicalise +++ en traitant des symptômes et non des patients.
Cela passe par l’évaluation des pratiques professionnelles (certification des établissements de santé) qui débouche sur des protocolisations à l’extrême.

Derrière ces évolutions, on retrouve l’importance des lobbys pharmaceutiques ainsi que la place majeure de la génétique.

On assiste à une approche comportementaliste qui ne prend plus du tout en compte l’environnement : troubles prédictifs des jeunes enfants, troubles de conduite, repérage et dépistage des comportements des enfants de 3 ans.

Ces notions sont reprises par les hommes politiques qui mettent en avant l’origine génétique des pathologies (exemple de l’autisme) et de divers troubles de comportement (en particulier les troubles de désobéissance et de résistance…).

Il se fait un amalgame politicien entre psychose, schizophrénie et dangerosité (cf discours de Sarkozy du 2 décembre 2008).

Une dérive, associée à cet confusion, est le partage du secret professionnel avec les maires ainsi que des textes comme la circulaire de janvier 2009, concernant les patients en hospitalisation d’office. On demande au psychiatre d’attester de la non dangerosité du patient.

Les politiques interviennent de plus en plus sur les pratiques professionnelles sans l’avis des acteurs concernés. Par exemple, le ministre de la santé suisse a interdit récemment une conférence sur l’accompagnement de l’autisme par des méthodes comme le packing.

Dans le même temps, on assiste à une diminution des effectifs au profit des gadgets sécuritaires. On remplace tout ce qui relève de l’intervention humaine non quantifiable, par des process.

Et on aboutit au développement des centres éducatifs fermés et du pénitentiaire pour ados.

Parallèlement, dans le secteur de l’hôpital général, la T2A a des effets dramatiques avec, comme première conséquence, une diminution des hospitalisations longues car peu rentables, au profit d’actes courts, protocolisés, mais laissant de côté toute une partie de la prise en charge des patients ( patients fragiles, vulnérables ou susceptibles de présenter des complications…).

  • Eric M. juge pour enfants

On demande aujourd’hui à la justice de développer une vision hygiéniste jusqu’au risque zéro, une prophylaxie sociale totale. Dans le même temps, on assite à une augmentation des dérives compassionnelles vis à vis des victimes. Le justiciable devient “l’acte qu’il a posé ou qu’il n’a pas posé”, avec des procédures qui font perdre de vue la personne.

La justice “encase”: obligation de soins systématiques, suivi judiciaire avec injonction de soins, surinvestissement de toutes les prises en charge spécialisées…

C’est le cas, par exemple, de la loi sur la dangerosité promulguée en février 2009 avec effet rétroactif et mise en place d’instruments de “mesure de la dangerosité”.

Idem pour les lois sur les peines plancher pour les récidivistes ou les lois sur l’assistance éducative. Il se développe une défiance vis à vis des juges qui n’ont plus qu’un rôle de distributeur de peines.

Il s’agit de supprimer les tiers (juge d’instruction, juge pour enfants) et d’encadrer de plus en plus le travail des juges (code de justice des mineurs).

On voit également une généralisation des fichiers et logiciels qui permettent de recouper les informations; par exemple, les fichiers génétiques sont étendus à quasi toutes les infractions.

Il y a un phénomène de sommation sociale avec obligation de résultat pour les professionnels de la justice; la question de la responsabilité amène à des interventions inadaptées (ouverture du parapluie).
Le juge est de plus en plus souvent écarté au profit du politique avec un encadrement de plus en plus strict de ses champs d’intervention.

Ce phénomène permet l’émergence de la notion de contrat et des dérives associées: le contrat est binaire contrairement à la loi qui est ternaire (importance du tiers qui n’a plus sa place dans le contrat).

Enfin, dans le même temps, il faut relever une déscolarisation massive d’enfants de moins de 16 ans ainsi qu’une exclusion de ces enfants de toutes les institutions. Donc, comme dans le secteur psychiatrique ou la santé, ce sont les plus vulnérables qui sont les plus touchés par ces évolutions.

Il devient urgent de réfléchir localement à l’élaboration d’un réseau des différents professionnels concernés pour contrer toutes ces dérives.

  • Etienne A. représentant du Comité de Veille sociale:

Le néolibéralisme va de pair avec le tout sécuritaire.

Le Comité de veille s’interroge sur les dérives sociales:

- idéologie de la peur

- classes laborieuses = classes dangereuses

- instrumentalisation des travailleurs sociaux

- délitement de l’Etat au profit de l’invidualisme.

La loi de prévention de la délinquance vise à transformer les travailleurs sociaux en indicateurs de police. Il faut noter l’opposition entre “la prévention” et “la prévention de la délinquance”.

La remise en question de la Convention collective de 66 fait partie de cette évolution : derrière la perte des acquis sociaux, il s’agit de remettre en cause les pratiques professionnelles, les savoir-faire, l’autonomie, l’expérience des professionnels.

On transforme les travailleurs sociaux en OS du secteur, en simples exécutants.

La nouvelle Convention Collective vise à insécuriser les professionnels et à les contrôler de plus en plus.

  • Nadine P. professeur à l’Université de Caen :

On assiste du fait du type de pouvoir en place, à une haine de la culture et de l’intelligence.

A ce titre, la situation à l’université est catastrophique et va aboutir à sa disparition complète dans les 10 ans à venir.


Dans le même ordre d’idées, les fusions d’établissements et la suppression des directeurs ne visent -t-elles pas aussi à faire disparaître des capacités créatrices?

  • Laurence T. représentante de l’Education nationale :

Les discours actuels et les exigences vont tous dans le sens d’une rationalisation avec une obligation de retour sur investissements.

Les élèves et les étudiants sont considérés comme des consommateurs potentiels, ce qui favorise la construction d’une école à plusieurs vitesses, avec un socle minimum de connaissances et un questionnement sur l’obligation de scolarisation.

Les mesures actuelles vont toutes dans le même sens:

- discours sur les “enseignants fainéants”

- réforme de la formation des enseignants aboutissant à l’exclusion de certaines couches de la population dans cette formation

- évaluation des enfants le plus tôt possible : base élèves

- externalisation de l’aide personnalisée aux élèves en difficulté

- remplacement de l’école maternelle par des jardins d’enfants…


Le débat qui a suivi ces interventions a permis de faire émerger quelques éléments centraux quant à la suite à donner à ce forum et à cet appel :

  • Il est nécessaire d’avancer “tous ensemble” pour contrer, tout en sachant qu’il va falloir tenir dans la durée. Il s’agit d’une résistance solidaire de longue haleine.

  • Il faut avoir à l’esprit qu’on ne peut plus parler de secteur marchand ou non marchand (par exemple, généralisation du principe de l’appel d’offres dans le champ médico-social, visant à mettre les différents acteurs en situation de concurrence). Il faut donc bien savoir contre qui on se bat, contre quoi?

  • Comment créer une pensée grâce au monde de la culture?

  • Comment régler les difficultés de transmission, coordination de l’information entre les différents secteurs professionnels?

  • Localement, un point de départ intéressant à envisager : les assises de la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) en Basse Normandie.

Ces questions restent ouvertes, en attendant une prochaine rencontre à la rentrée .

La date du samedi 28 novembre a déjà été retenue pour un prochain forum.

D’ici là, toutes les contributions sont les bienvenues.

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