Archive pour la catégorie 'International'

APPEL A REJETER L’ÉLARGISSEMENT DU SECRET DÉFENSE

Communiqué de Survie et de l’ARDHD (Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti), le 4 mars 2009.

Invoquant la nécessité de protéger le secret-défense, le gouvernement français envisage de restreindre fortement l’accès des juges d’instruction à des lieux sensibles tels que la présidence de la République, des ministères, les services secrets ou de grandes sociétés.

Cette disposition figure dans le projet de loi de programmation militaire pour 2009-2014, qui doit être soumis dans les prochaines semaines au vote du Parlement. Par opposition à la situation actuelle où la protection ne couvre que des documents classés, le projet de loi prévoit de généraliser la protection à des locaux “susceptibles d’abriter des éléments couverts par le secret de la défense nationale” et des “locaux d’entreprises privées intervenant dans le domaine de la recherche ou de la défense”.

Avant de perquisitionner dans ces lieux, le juge d’instruction devra prendre rendez-vous avec le président de la CCSDN qui l’accompagnera dans ses opérations. Le magistrat aura l’obligation d’indiquer par écrit les motifs de la perquisition et les documents recherchés. Sans l’effet de surprise propre aux perquisitions, on ne peut que craindre que les documents recherchés disparaissent …

Les deux principaux syndicats de magistrats français, Union Syndicale des Magistrats et Syndicat de la Magistrature, ont dénoncé, vendredi 27 février, la création, dans le projet de loi de programmation militaire 2009-2014, de “bunkers” ou de “citadelles d’impunités” à l’abri des juges, du fait de l’extension du “secret-défense” : celui-ci concerne aujourd’hui les documents, demain il pourrait s’étendre à des lieux entiers.

Pour le Syndicat de la Magistrature, ce projet “a été conçu à la suite d’investigations qui ont semé l’émoi dans les milieux politiques et militaires : l’instruction de l’affaire des frégates de Taïwan, la perquisition entreprise à l’Elysée dans l’affaire Borrel et surtout celle effectuée dans l’affaire Clearstream au siège de la DGSE” (Direction générale de la sécurité extérieure). Nos associations, ARDHD et SURVIE, s’indignent de cette nouvelle disposition qui, de fait, aurait empêché l’accès à des éléments essentiels dans la recherche de la vérité et la justice sur l’assassinat du juge Borrel.

Elles demandent instamment aux députés d’exclure cette disposition de la loi de programmation militaire pour 2009-2014, afin de permettre à la justice française de poursuivre les investigations nécessaires et de conserver son indépendance face au pouvoir politique.

Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque
Chargée de communication de Survie 01 44 61 03 25
stephanie.duboisdeprisqu(a)survie.org
Jean-Loup Schaal – Président de l’ARDHD
01 46 34 70 70
jlschaal(a)ardhd.org

Pour consulter le site de l’ARDHD: http://www.ardhd.org/

Droit de manifester à Strasbourg lors du prochain sommet de l’OTAN

Le Comité de Paix 14 nous transmet ce courrier adressé aux Parlementaires du Calvados et nous invite à nous associer à leur démarche, pour exiger le droit à manifester au centre de Strasbourg, le 4 avril prochain.

” Mesdames, messieurs les parlementaires du Calvados,
L’OTAN fêtera son 60ème anniversaire du 1 au 5 avril 2009 à Strasbourg, en présence des chefs d’Etat, dont M. Obama. Avec les signataires de cet appel que nous relayons, nous rejetons vigoureusement les politiques de guerre, d’intervention militaire, d’élargissement et de course à l’armement qui sont celles de l’OTAN.
Nous sommes opposés :
- à l’entrée de la France dans le haut commandement militaire de l’OTAN
- à l’intervention militaire de l’OTAN en Afghanistan
- à la logique guerrière et de surarmement, notamment nucléaire, portée par l’OTAN
Nous voulons exprimer notre opposition à ces politiques et permettre aux Strasbourgeois et aux mouvements sociaux de le faire publiquement en toute liberté.
A cette fin le Comité de préparation à la manifestation contre l’OTAN a rencontré la préfecture de Strasbourg qui a refusé la demande de défiler dans le centre de Strasbourg le 4 avril contre l’OTAN.
L’organisation du Sommet de l’OTAN fera de Strasbourg une ville-forteresse. Un dispositif sécuritaire hors du commun est déployé : mise en place de zone rouge, fichage des habitants, développement de la vidéosurveillance.
Cette mise en scène, avec des chefs d’Etats au centre de Strasbourg – dans une ville bouclée – et des habitants privés de leurs activités de vie quotidienne ainsi que de leur liberté de circulation, nous est insupportable et montre le vrai visage de l’OTAN.
La mobilisation contre le Sommet de l’OTAN est déjà grande. Le 4 avril, des citoyens du monde entier qui veulent que les moyens utilisés pour les guerres soient réorientés vers des politiques répondant aux défis sociaux, démocratiques, économiques et environnementaux des peuples de la planète vont venir à Strasbourg pour exprimer de manière non-violente leur « Espoir de Paix » et leur « Non à l’OTAN ».
Posez-vous la question : quelle sera l’image véhiculée par Strasbourg ?
Une ville forteresse à la solde de l’Otan ou bien une ville qui fait de l’expression démocratique et de la paix, ses valeurs?
Nous avons besoin du droit à manifester dans le centre de Strasbourg et mettons au défi le gouvernement français et les autorités locales de garantir ce droit démocratique à une manifestation libre, indépendante et pacifique.

A l’initiative de la Conférence internationale de préparation, comptant plus de 500 participants ;
Strasbourg, 14 et 15 février 2009.
Signatures : Comité départemental du Mouvement de la Paix du Calvados.

Par ailleurs, nous vous informons que le Mouvement de la Paix demande qu’un référendum soit organisé sur la réintégration de la France dans le Haut Commandement Intégré de l’OTAN. Nous vous prions de vous faire les   relais de cette demande auprès du Président de la République. Vous trouverez les détails de cette demande en pièce jointe.
Vous priant de nous faire connaitre les suites que vous donnerez à l’Appel de la Conférence Internationale de Préparation du Contre Sommet de l’OTAN et à la demande de référendum du Mouvement de la Paix, nous vous adressons, Mesdames, Messieurs les parlementaires, nos salutations pacifistes.

Pour le comité du Mouvement de la Paix du Calvados
Son Président “

Appel du Mouvement de la Paix pour demander un référendum sur la question de la réintégration de la France dans le Haut Commandement militaire intégré de l’OTAN.

” Réintégration de la France dans le Haut-commandement militaire intégré de l’Otan ?
Le Mouvement de la Paix demande un référendum

Communiqué de presse

Le Président de la République Nicolas Sarkozy a annoncé que la France réintégrerait le Haut Commandement militaire de l’Otan lors du prochain Sommet de l’Organisation à Strasbourg, le 4 avril prochain.
Cette décision – qui ne figurait pas dans le programme du candidat Nicolas Sarkozy – soulève de nombreuses réactions de doute, voire d’inquiétude et même d’indignation émanant de toutes les sensibilités politiques de notre pays, jusque dans la majorité présidentielle. Si les approches sont diverses, l’unanimité se fait sur une question : il ne s’agit pas d’une simple formalité, mais bien d’un engagement qui a des conséquences politiques et stratégiques fortes pour la France, l’Union européenne et le monde.
Le Mouvement de la Paix estime qu’« une telle décision ne saurait être prise sans un large débat national qui devrait déboucher sur une consultation populaire sous la forme d’un référendum ».
Le Général de Gaulle accompagnant la volonté populaire, a retiré la France de l’organisation militaire intégrée de l’OTAN en 1966, cette décision s’inscrivait dans l’ambition d’indépendance de la France à l’égard des blocs militaires et dans le souci de sa souveraineté.
Pour l’ organisation pacifiste « les français sont en droit d’exprimer leur opinion sur une question d’une telle importance pour l’indépendance de la France, sa souveraineté, sa place internationale spécifique dans l’Union Européenne et dans le monde ».
L’association pacifiste prendra dans les jours à venir les contacts nécessaires pour permettre de rassembler dans une expression large et unitaire tous ceux qui partagent cette demande de consultation populaire.

Saint-Ouen, le 27 février 2009″

Pour plus d’infos sur ce sujet, rendez vous sur le site du Mouvement de la Paix: http://www.mvtpaix.org/actualites/actualites.php#Sommet

“Retour de Belèm” par Hervé Le Crosnier

Un texte d’Hervé Lecrosnier à son retour du Forum Social Mondial “Sciences et Démocratie” qui s’est tenu à Belem en parallèle du Forum mondial Social en janvier dernier.

” Bonjour,

Pas encore eu vraiment le temps de vous envoyer un signal de “retour de Belèm” où s’est tenu le Forum Social Mondial fin janvier. Commençons ici.

Plus de 120 000 personnes réunies, c’est évidemment un événement pour la planète altermondialiste. Un succès des FSM qui ne se dément pas depuis 2001. Un immense potlach, une marmite où bouillonnent les idées les plus neuves. Comment reconstruire un nouveau mouvement international pour faire face aux multiples crises du monde : crise économique, crise écologique et crise démocratique et guerrière ?

Cela ne se fera pas en un jour, ni sur un modèle centralisateur comme au temps des Internationales du 20ème siècle. Mais au contraire cela avancera par la coordination de mouvements, de travaux dans des secteurs spécifiques ou dans la définition de quelques points d’ancrage collectif des mouvements à côté de nombreux points d’autonomie.

A ce titre, la tenue du “Forum mondial sciences & démocratie” est un symptôme de la nécessité de couvrir tous les fronts d’analyse et d’opposition au système dominant. J’ai placé les notes en direct de ce forum sur le site de l’association VECAM (http://vecam.org). J’y reviendrai plus en détail.

Mais pour l’instant, je voulais vous faire suivre l’analyse réalisée par Christophe Aguiton de la rencontre des mouvements indigènes lors du FSM, afin de préparer une nouvelle montée des
luttes des peuples colonisés. Mais aussi et surtout pour redéfinir le projet collectif d’un monde nouveau.

Il s’agit de remplacer le consumériste “mivre mieux”, le “toujours plus” des sociétés occidentales, par le “vivre bien” qui répond à la nécessité d’avoir la satisfaction des besoins et l’investissement dans le futur (protection de la planète, extension de l’éducation, de la connaissance et de la culture).
A l’image du discours prononcé par Evo Moralès à la tribune de l’ONU en septembre dernier.

Mais laissons Christophe Aguiton vous expliquer cela mieux que moi.
Hervé Le Crosnier

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http://www.cetri.be/spip.php?article1037&lang=fr

Forum social mondial: un appel pour « bien vivre » plutôt que vivre mieux
Christophe Aguiton

La crise, ou plus exactement les crises, ont été au cœur des discussions du Forum social mondial de Belem. Des dizaines de conférences et séminaires ont traité des différents aspects de la crise économique et financière, de la crise climatique ou de la crise alimentaire, et de nombreux appels et déclarations ont été adoptés. Parmi ceux-ci un “Appel des Peuples Indigènes au FSM de Belem face à la crise de civilisation” mérite d’être présenté et explicité.

3 février 2009

Cet appel est signé par des dizaines et des dizaines d’organisations indigènes, essentiellement américaines, sur la proposition des organisations andines. Cet appel veut rompre avec les réponses qui veulent valoriser et renforcer le rôle de l’Etat et s’appuient sur les plans de relance économique. Son ambition est de lutter contre la marchandisation de la vie en défense de la “mère terre” et de se battre pour les droits collectifs, le “vivre bien” et la décolonisation comme réponses à la crise de civilisation.

L’appel définit la crise de civilisation comme la conjonction des crises économique, environnementale et de légitimité démocratique. ¡ No queremos Vivir Mejor, queremos Vivir Bien ! (1) Les réponses apportées sont le concept de “bien vivre ” qui s’oppose à un “vivre mieux” qui ne serait corrélé qu’à l’augmentation de la richesse matérielle et à la consommation de biens, la défense des biens collectifs, un processus démocratique qui met les responsables sous le contrôle direct de ceux qui les ont désignés et déconstruit la conception de l’Etat issu du pouvoir colonial pour le remplacer par un Etat décentralisé et multinational où chaque communauté établira des relations de même niveau avec les autres.

Les peuples indigènes des Andes jouent un rôle central dans cet appel ce qui peut s’expliquer par un contexte particulier. A la différence des
peuples amazoniens ou même centroaméricains, les peuples andins n’ont que deux langues communes, le quechua et l’aymara, ce qui facilite les échanges dans un ensemble de six pays de la Cordillère. Dans les trois pays centraux —Equateur, Pérou et Bolivie—, la population indigène est majoritaire alors que le pouvoir a toujours été, jusqu’à très récemment, dominé par les élites blanches au point que les blancs sont souvent désignés comme des “pizarros”, des descendant de Francisco Pizarro, le conquistador espagnol qui, suivant les traces de Cortes, a vaincu
l’empire inca et assuré la domination espagnole dans la région.

Cela a créé une situation où la lutte démocratique pour permettre l’accession au pouvoir de la majorité indigène s’est confondue avec la défense des droits spécifiques de ces communautés et la recherche d’une nouvelle forme de relation entre les différentes parties constituantes de chacun des Etats de la région. Une situation très différente de celle du Mexique où les processus révolutionnaires de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle et l’arrivée au pouvoir de dirigeants indigènes ou métis ont fait émerger un sentiment national qui ne se confond pas avec les revendications des communautés indigènes.

Si l’identité indigène tire ses sources de l’Amérique précolombienne, elle se nourrit aussi d’apports militants et intellectuels et d’expériences bien plus récentes. En Bolivie, le syndicat des mineurs, colonne vertébrale de la COB, la centrale ouvrière du pays, a joué un rôle décisif dans la révolution de 1953 et dans la résistance aux dictatures militaires des années 60 et 70, et beaucoup de syndicalistes, issus du secteur minier mais contraints à retourner à la terre lorsque les mines ont fermé ou licencié, sont devenus les cadres du mouvement paysan qui a porté Evo Morales au pouvoir. Au Pérou, le bilan de la guerre menée par Sentier Lumineux a été intégré par les mouvements indigènes en renforçant leur méfiance vis-à-vis d’un pouvoir étatique
qui a mené une guerre contre-insurrectionnelle en multipliant les assassinats et en réprimant les luttes populaires mais aussi vis-à-vis d’une tradition politique violente et sectaire. Sur le plan intellectuel, les mouvements indigènes se sont inspirés des idées du sociologue portugais Boaventuro do Santos et surtout des travaux d’Anibal Quijano, un sociologue péruvien qui a expliqué le caractère inséparable du colonialisme et du racisme dans le “patrón de poder ” (2) qui s’est imposé en Amérique Latine dès le XVIème siècle et qui a donné une coloration particulière à l’universalisme européen (3).

L’intérêt de cet appel est de dessiner une alternative très différente des réponses néo-keynésiennes et néo-fordistes qui dominent dans les mouvements sociaux et partis de gauche. L’appel évite également l’écueil de la “décroissance” en déplaçant le terrain de la discussion : il ne s’agit pas de réduire notre consommation en général et de manière abstraite, ce qui est bien évidemment inacceptable pour les centaines de millions et les milliards d’habitants de cette planète qui soufrent de la faim, du mal-logement, de l’absence de service public et d’offre de
soins accessibles, mais de lutter contre le consumérisme en partant de la qualité de la vie et non du volume de consommation.

Partir du concept de “bien vivre” permet également de redonner une perspective de changement d’ensemble à tous ceux qui, ne croyant plus aux modèles de transformations sociales portées par la gauche dans les décennies précédentes, se sont tournés vers les philosophies de la “bonne vie” ou même vers les démarches de développement personnel. Le changement de paradigme que porte cet appel nécessitera des débats et demandera des précisions et des améliorations. Des militants africains présents au FSM ont déjà indiqué leur difficulté à accepter la vision d’Etats multinationaux basés sur des identités qu’ils estiment trop liées aux groupes tribaux. L’articulation entre la défense des communautés et de leurs traditions démocratiques et la décentralisation d’instance de gouvernements basés sur des territoires géographiques devra à l’évidence être précisée, mais l’intérêt de cet appel est donner une perspective universelle basée sur la défense des biens communs, biens qui incluent les ressources naturelles, des biens matériels mais aussi des connaissances et des traditions basées sur l’entraide et la solidarité.

L’appel propose enfin un agenda d’action. Le premier rendez-vous est interne aux mouvements indigènes mais il sera décisif. Du 27 au 31 mai 2009, à Puno, au Pérou, près de 5000 militants sont attendus pour le IVème sommet continental des peuples et nationalités indigènes sous le titre “pour des Etats plurinationaux et le vivre bien” et cette réunion décidera des formes à donner à la mobilisation. Le 12 octobre, jour anniversaire de l’arrivée des Espagnols en Amérique, l’appel propose une journée mondiale d’action et, enfin, début 2010, l’organisation d’un
forum mondial thématique sur la “crise de civilisation”.

(1) lire l’entretien avec Miguel Palacín Quispe, coordinateur général de la CAOI (Coordinadora Andina de Organizaciones Indigena).

(2) En anglais “Patern of Power”, cadre ou structure de pouvoir.

(3) Des idées voisines ont été développées par Immanuel Wallerstein dans son dernier ouvrage L’universalisme européen qui part de la controverse de Valladolid où Juan Ginés de Sepúlveda et Bartolomé de las Casas se sont affrontés sur le fait de savoir si les indiens avaient une âme.”



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